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Projet national sur la Bécasse de bois

Selon la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages la bécasse des bois fait partie des espèces dont la chasse est possible. Elle est encore autorisée et pratiquée dans les cantons de Fribourg, du Jura, de Neuchâtel, du Tessin, du Valais et de Vaud ainsi qu’au Jura bernois. Lors de la révision de l’ordonnance sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages en 2012, des discussions animées eurent lieu sur le statut d’espèce chassable de cet oiseau. Afin de pouvoir prendre les  mesures qui assurent, comme l’exige la loi fédérale sur la chasse, la conservation des populations nicheuses de la bécasse en Suisse et de promouvoir, si cela est compatible avec ce premier objectif, son exploitation raisonnée et durable, l’Office fédéral de l’environnement a décidé de lancer et soutenir un projet focalisé sur l’écologie de cet oiseau et sur l’effet de la chasse, de l’évolution des milieux, de la prédation naturelle et du dérangement sur ses populations indigènes.

photo bécasses de bois

Bilan de la saison de terrain 2016

Afin de pouvoir prendre les mesures qui assurent la conservation des populations nicheuses de la bécasse des bois en Suisse, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a décidé en 2014 de lancer un programme de suivi de cet oiseau pour améliorer la gestion de cette espèce. Un des buts de ce projet est de combler le déficit de connaissances sur son utilisation de l’habitat afin de pouvoir proposer, sur la base des connaissances acquises, des mesures assurant la conservation de ses populations indigènes. Des tests méthodologiques effectués en 2015 ont permis de démontrer la faisabilité du projet, de sélectionner les méthodes les plus efficaces pour atteindre ses principaux objectifs et donc d’entrer en phase opérationnelle en 2016. Les principaux résultats de la saison de terrain 2016 sont présentés ci-dessous.

Dix-huit mâles de bécasses ont pu être équipés d’un émetteur radio VHF permettant de suivre leurs déplacements dans les forêts jurassiennes au cours de la saison. Ces émetteurs, assemblés par la Station ornithologique suisse, ont un diamètre de 20 mm et pèsent entre 8 et 9 g, liens de fixation compris. Leur durée de vie est estimée à 500 jours et leur portée est de 500 m à 20 km suivant la topographie et la position de l’oiseau dans son milieu.

Deux bécasses équipées de leur émetteur VHFBécasses équipées de leur émetteur VHF

Ces suivis télémétriques, qui se sont déroulés de début mai à début novembre, ont permis de localiser près de 1000 points dans lesquels des individus porteurs d’émetteurs ont séjourné. Ces localisations permettront de caractériser la structure et la nature des massifs forestiers utilisés par les bécasses des bois dans le Jura suisse.

Outre la question du choix des habitats par les oiseaux, une des questions principales du projet est de définir la période de départ en migration des bécasses indigènes. La télémétrie est un outil adapté pour répondre à cette question. Les observateurs recherchant les oiseaux au sol ont pu compter sur le soutien d’un avion et de trois enregistreurs automatiques couvrant la région d’étude.

Malgré le nombre de vols limité en raison de contraintes météo, l’avion a permis de confirmer les présences et les absences constatées depuis le sol. Son principal avantage est de permettre de couvrir rapidement un vaste territoire.

Grâce à leur fonctionnement en continu (24h/24), les enregistreurs automatiques ont permis quant à eux de relever la présence des oiseaux dans la région d’étude y compris lorsque les observateurs n’étaient pas dans le terrain. Les localisations enregistrées par ces appareils sont par contre peu précises. Cette combinaison des trois modes de suivi radio ont permis de déterminer les départs en migration des oiseaux locaux.

Dix bécasses indigènes ont été équipées de balises satellitaires (Argos) afin d’augmenter l’information disponible concernant les départs en migration ainsi que pour documenter leurs comportements migratoires et localiser leurs lieux d’hivernages. Ces balises produites par Microwave Telemetry (USA) pèsent 9.5 g et sont alimentées par des panneaux solaires. Deux de ces oiseaux ont précédemment été suivis par télémétrie durant l’été 2016.

En 2016, les départs en migration des bécasses équipées d’un émetteur radio ou d’une balise encore vivantes et suivies se sont échelonnés entre fin octobre et mi-décembre. Si la plupart de ces oiseaux est partie avec l’arrivée des premières neiges début novembre, deux oiseaux sont restés dans la région, respectivement jusqu’au 25 novembre et au 15 décembre.

Les balises satellitaires ont mis en évidence deux comportements migratoires différents. Certains oiseaux migrent en une traite et rejoignent rapidement leurs sites d’hivernage. D’autres ne se déplacent dans un premier temps que de quelques kilomètres, pour par exemple échapper à la neige, avant de partir plus tard en migration. Ces oiseaux-là peuvent également revenir sur le site de reproduction si les conditions météo le permettent avant de rejoindre leurs sites d’hivernage. Les bécasses indigènes semblent passer l’hiver aussi bien en Péninsule ibérique que dans le sud de la France.

Carte avec les traces balises de bécassesTraces des balises Argos entre le 9 juin 2016 et le 11 janvier 2017. Chaque couleur correspond à un oiseau. 

Sur les 26 oiseaux équipés d’un émetteur radio et/ou d’une balise satellitaire, deux ont été tirés à la chasse en automne, deux ont été prédatés, trois ont vraisemblablement péri sans que la cause de la mort puisse être établie, un a vu son émetteur lui être retiré, deux n’ont jamais été détectés. Deux ont vu leur émetteur cesser d’émettre avant le départ en migration. Finalement, un a été tiré à la chasse sur son lieu d’hivernage.

Ce projet est soutenu financièrement par l’OFEV, la Station ornithologique suisse, les cantons de Fribourg, Neuchâtel, Valais, Vaud et du Tessin ainsi que par différents partenaires privés.

 

 

 

 

Accompagnement du projet

Dès le début, l’OFEV a prévu la mise sur pied de deux différents groupes de travail pour suivre ce projet : un groupe d’accompagnement scientifique et un groupe stratégique. L’objectif visé était d’en dissocier les aspects scientifiques et stratégiques et d’optimiser ainsi le travail préparatoire du groupe d’accompagnement scientifique. La composition actuelle (février 2017) et les tâches respectives de ces deux groupes sont les suivantes :


Groupe d’accompagnement scientifique

Nom Prénom  Fonction
Aebischer Adrian Biodiversité en forêt au SFF du canton de FR
Bohnenstengel Thierry Biologiste, collaborateur CSCF, secrétaire exécutif du groupe
Bollmann Kurt Biologiste, unité biodiversité et biologie de la conservation du WSL
Bourquin Nicolas OFEV, Section faune sauvage et biodiversité en forêt
Bütler Rita Biodiversité en forêt à l'Inspection cantonale de forêts du canton de VD
Crettenand Yvon Biologiste au Service de la chasse, de la pêche et de la faune du VS
Estoppey François Ornithologue, spécialiste de la bécasse
Ferrand Yves Expert international ; Office national de la chasse et de la faune sauvage
Gonseth Yves Directeur CSCF, modérateur du groupe
Leoni Gorgio Chef de la section et inspecteur cantonal de la faune du canton du TI
Meister Henri-Armand Bécassier, spécialiste chiens d’arrêt
Mollet Pierre Collaborateur à la Station ornithologique suisse, spécialiste de la bécasse
Mulhauser Blaise Ornithologue, spécialiste de la bécasse
Noël Christophe Inspecteur cantonal de la faune du canton de NE
Zbinden Niklaus Biologiste, spécialiste de la bécasse

Le groupe d’accompagnement scientifique est chargé d’établir les axes de recherche du projet général, de coordonner les travaux entrepris, de suivre leur évolution et de synthétiser les résultats obtenus à l’intention du groupe stratégique. Il est ainsi essentiellement formé de biologistes ou de chasseurs spécialistes de la bécasse, de représentants des principaux cantons concernés et d’instituts de recherche incontournables (WSL, Station ornithologique suisse notamment).

 

Groupe d’accompagnement stratégique

Nom Prénom  Fonction
Bohnenstengel Thierry Biologiste, collaborateur CSCF, secrétaire exécutif du groupe
Bourquin Nicolas OFEV, Section faune sauvage et biodiversité en forêt
Duchein Paul Président de l’Association Suisse des Bécassiers
Flück Jean-Pierre SWHV Association suisse des gardes-faune
Givel Jean-Claude Représentant de Chasse Suisse
Gonseth Yves directeur CSCF
Martin Valère Nos Oiseaux
Müller Werner ASPO/BirdLife Suisse, Pro Natura Suisse, WWF Suisse
Schnidrig Reinhard OFEV, Section faune sauvage et biodiversité en forêt, modérateur du groupe
Wuarchoz Didier Association des propriétaires de forêts du canton de VD
Wüest Otmar CIC Conférence des Inspecteurs et Inspectrices cantonaux des forêts

 

Le groupe d’accompagnement stratégique est chargé de valider les axes de recherche choisis par le groupe scientifique, de traduire les résultats apportés par les études scientifiques en mesures concrètes de conservation de l’espèce et d’assurer avec l’OFEV la communication vers l’extérieur.

 

Les objectifs du projet sont basés sur deux postulats clairs :

  • l’oiseau a disparu du Plateau suisse et est en régression le long de la chaîne jurassienne,
  • les causes de cette régression peuvent être multiples (dégradation des milieux favorables, chasse, dérangement et prédation par exemple).
Ils ont été définis par le groupe d’accompagnement scientifique du projet à la suite de quatre séances préparatoires (juin 2014 – février 2015), affinés par ce même groupe à la suite des tests méthodologiques effectués lors de la première saison de terrain (juin à octobre 2015) et validés par le groupe d’accompagnement stratégique en décembre 2015.
 
Les principaux axes retenus concernent :
  1. la chasse et ses effets potentiels sur la population nicheuse,
  2. la description des milieux préférentiels des femelles et de leurs poussins,
  3. l’analyse de la structure et de la nature de massifs forestiers abritant ou ayant récemment abrité la bécasse des bois,
  4. la prospection d’anciens et la recherche de nouveaux sites de nidification sur la base de protocoles standardisés de recensement à la croule (recherches de preuves de présence ET d’absences),
  5. la gestion adaptative de sites favorables.

En Suisse, l’espèce a disparu du Plateau et est en régression dans le nord-est du Jura. Elle semble stable dans les Préalpes. Sa distribution est très mal connue dans les Alpes centrales et sur le versant sud des Alpes. Dans ces régions, les données historiques sont vraisemblablement lacunaires. Si des recherches complémentaires vont avoir lieu dans le cadre de la révision de l’Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse, elles ne suffiront sans doute pas pour lever toutes ces incertitudes. Les effectifs nicheurs sont très mal connus. Ils seraient de 1130 – 1630 couples selon une estimation effectuée pour l’Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse de 1996. Plusieurs causes au recul de la bécasse des bois en Suisse orientale ont été avancées sans que l’on puisse, à l’heure actuelle, en apporter la preuve formelle. (Mollet, P. (2015): La bécasse des bois (Scolopax rusticola) en Suisse – Synthèse 2014. Station Ornithologique Suisse, Sempach.)

 

 carte distribution actuelle de la bécasse de bois

Carte: Distribution actuelle de la bécasse des bois en Suisse selon les données de la Station ornithologique suisse. Sont prises en compte les observations (triangles rouges) des années 2013 et 2014, a chaque fois entre le 16 avril et le 15 juillet. Zone orangée: region biogéographique du Plateau suisse. Les triangles noirs indiquent l’absence de bécasse, c’est-à-dire les sites oú une recherche ciblée n’a pas abouti. © Vogelwarte Sempach, relief: Institut für Kartographie, ETH Zurich.
 
 

Tests de captures

Dans le cadre de la planification du projet Bécasse des bois, il a été établi que les connaissances sur l’utilisation de l’habitat par la bécasse des bois en Suisse et la chronologie de sa migration sont actuellement lacunaires. Il a donc été décidé de lancer un suivi télémétrique de bécasses.
Toutefois, ce volet est un véritable défi compte tenu de la difficulté de capturer des bécasses, et plus particulièrement des femelles et leurs jeunes. Dans ce contexte, la question de la faisabilité de ce travail était encore ouverte. La réponse a cette question ne pouvant être donnée qu’après avoir évalué l’efficacité des méthodes envisagées pour captures des individus.
 
Différentes méthodes de capture ont donc été testées entre juin et aout 2015:
  1. haut-filets et bas-filets avec ou sans leurres en période de croule (parade nuptiale),
  2. piège passif type nasse, ± indépendant des aires de croule,
  3. recherche de familles au moyen de chiens d’arrêt,
  4. recherche nocturne au phare sur prairies.
Les tests ont été menés dans deux régions différentes: le Jura neuchâtelois pour l’ensemble des méthodes susmentionnées et les Préalpes fribourgeoises comme second site de captures au filet en période de croule.
Les résultats obtenus sont encourageant pour la suite du projet. En effet, neuf bécasses ont pu être capturées et baguées durant la croule. Deux nichées ont été découvertes grâce au flair des chiens et cinq poussins ont pu être bagués.
 
Nous avons donc pu confirmer l'efficacité de la capture au moyen de haut-filets et de bas-filets en période de croule, notamment lorsqu'elle est couplée à l'utilisation de leurres. Nous avons également démontre l'intérêt de collaborer avec les bécassiers et leurs chiens pour ce qui est de la recherche de nichées. Par contre, l'utilisation de pièges passifs de type nasse, notamment utilisées en Angleterre dans les années 70, s'est soldée par un échec. Aucune capture n'ayant eu lieu. 
 

 Nasses de capture

 Nasses de capture: la seule méthode abandonée

 

Recherche de sites de nidification

La saison de terrain 2015 a été mise à profit pour développer deux protocoles de terrain standardisés appelés à prouver la présence mais aussi l’absence de bécasse dans les différentes régions de Suisse. Le premier a été développé à l’intention des ornithologues, le second à l’intention des bécassiers et leurs chiens. Appliqués à large échelle, que cela soit dans des régions et massifs forestiers anciennement colonisés par la bécasse ou dans des régions à ce jour sous-échantillonnées pour cet oiseau, ces protocoles devraient permettre l’acquisition d’un jeu de données suffisant pour assurer le bon déroulement des analyses paysagères (objectif numéro 3 du projet). 

 

 

Galerie

 photo filets

Haut-filets pour la capture à la croule

 

 Tourniquet à leurre

 Tourniquet à leurre

 

Baguage d'une bécasse

Baguage d'une bécasse

 

Becasse équipée d'une balise satellitaireBécasse équipée d'une balise satellitaire

 

Informations supplémentaires

  • La bécasse des bois (Scolopax rusticola) en Suisse - Synthèse 2014 (PDF)
  • Die Waldschnepfe (Scolopax rusticola) in der Schweiz - Synthese 2014 (PDF)